Gabon – Football/Paul Ulrich Kessany: Ministre des Sports ou arbitre des règlements de compte?

Quand un Ministre des Sports règle ses propres comptes.

Quand un ministre transforme 75 millions de francs CFA en moyen de pression, la République est-elle encore dans le vestiaire?

Dans un courrier du 27 août 2026 de la LINAFP en réponse à celui du Ministre Paul Ulrich Kessany , référencé N°68/LINAFP/PDT/26-27 et parvenu à notre rédaction ce jour, met noir sur blanc une situation pour le moins sidérante: 75 millions de francs CFA dus à As Mangasport, champion du Gabon, sont bloqués tant que son entraîneur, Thierry Dieudonné Mouyouma, n’aura pas présenté des excuses publiques au ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany

Nous sommes plus face à une simple querelle entre deux hommes du football gabonais. Nous sommes face à une question autrement plus grave: Un ministre de la république peut-il utiliser les moyens de l’Etat pour obtenir réparation d’un affront personnel?

La question est brutale. Mais les faits, eux, le sont davantage.

75 millions de francs CFA contre des excuses: le marché de trop?

Mangasport a gagné le championnat du Gabon. Le titre est sportif. La récompense financière qui l’accompagne devrait donc relever d’une logique simple: Un club remplit les conditions sportives, il reçoit ce qui lui est dû.

Mais voilà que 75 millions de francs CFA se retrouve au milieu d’un conflit qui oppose le ministre des Sports à l’entraîneur du champion national.

Selon ce courrier du Président de la LINAF adressé au Ministre le 27 août, le versement de cette prime a été suspendue dans l’attente des excuses publiques et écrites de Thierry Dieudonné Mouyouma. La ligue rappelle d’ailleurs que la récompense financière est liée au classement sportif et non à la docilité de l’entraineur vis-à-vis d’un ministre.

Depuis quand une prime de champion est-elle devenue une monnaie d’échange?

Depuis quand faut-il s’agenouiller devant un membre du gouvernement pour toucher une récompense obtenue sur un terrain de football?

Et surtout, depuis quand un ministre de la République peut-il confondre autorité publique et pouvoir personnel?

Kessany, le ministre qui ne digère pas la contradiction?

Le dossier Thierry Dieudonné Mouyouma ne tombe pas évidemment pas du ciel. Les deux hommes se connaissent. Ils se sont deja affrontés publiquement dans le contexte tumultueux de la sélection nationale. En mai dernier, l’ancien sélectionneur avait directement mis en cause Paul Ulrich Kessany, alors Conseiller spécial chargé du sport, dans les tensions qui avaient entouré les Panthères avant et après la CAN 2025. Quelques mois plus tard, le conflit ressurgit.

Mais cette fois, Paul Ulrich n’est plus conseiller spécial. Il est Ministre

Et c’est précisément là que le problème devient explosif. Car ce qui pouvait hier être considéré comme une opposition entre deux acteurs du football devient aujourd’hui un affrontement entre un citoyen et un membre du gouvernement disposant de moyens institutionnels. Le fauteuil ministériel change tout.

Un fauteuil ministériel n’est pas une arme personnelle.

Il faut le rappeler avec force: un ministre n’appartient pas à celui qui l’occupe.

Un ministre est dépositaire d’une fonction publique. Il ne peut donc transformer les ressources, les décisions ou les mécanismes de son département en instrument de vengeance personnelle. Avec ce qui est clairement écrit dans ce courrier de la LINAF, on peut bien voir que Paul Ulrich Kessany franchit une ligne rouge.

Car demander des explications, engager une procédure disciplinaire ou saisir les instances compétentes relève du fonctionnement normal d’une administration.

Mais conditionner le paiement d’une récompense sportive à des excuses personnelles, c’est une tout autre affaire.

Cela ressemble dangereusement à un mélange de genres entre l’autorité de l’Etat et le ressentiment personnel.

Le football gabonais pris en otage par une querelle d’hommes?

Le plus inquiétant dans cette affaire est que Mansport n’est pas Thierry Dieudonné Mouyouma moins encore la LINAF. Alors pourquoi faire payer au club le conflit qui oppose son entraîneur au Ministre?

Pourquoi les joueurs de Mangasport, les dirigeants et COMILOG (sponsor du club) devraient-il être les victimes collatérales d’une querelle qui ne les concerne pas?

Pourquoi la LINAF devrait-subir les conséquences d’un différend personnel? Et pourquoi le football gabonais devrait-il encore une fois être transformé en champ de bataille entre personnalités?

La question mérite d’être posée, d’autant que les clubs professionnels avaient déjà alerté, quelques jours auparavant, sur les risques d’une reprise perturbée par les passifs financiers de la saison précédente.

Après Mounguengui, maintenant Mouyouma: Combien de fronts encore?

Le problème Kessany ne se limite plus à l’affaire Mouyouma. Depuis son arrivée au gouvernement, le ministre des sports s’est retrouvé au centre de plusieurs bras de fer avec les principaux acteurs du football national. Il y a eu le différend avec Pierre Alain Mounguengui, il y a désormais Thierry Dieudonné Mouyouma.

Entre les deux, plusieurs épisodes ont alimenté les tensions entre le Ministre et la Fédération. En mais, la FEGAFOOT avait notamment répondu officiellement à une injonction du ministre concernant la préparation de la fenêtre FIFA, illustrant une nouvelle fois les crispation institutionnelle autour de la gouvernance du football gabonais.

A force de multiplier les fronts, ce n’est plus la méthode du ministre qui interroge. C’est sa capacité à rassembler.

Car un ministre des sports devrait être celui qui rapproche les acteurs, pas celui autour duquel les conflits se multiplient.

Le Président de la République doit-il regarder ailleurs?

Paul Ulrich Kessany n’a pas été nommé ministre par hasard. Il a été choisi par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguéma, dans le cadre de la volonté affichée de reconstruire le sport gabonais. Mais cette confiance présidentielle impose une responsabilité supplémentaire.

Lorsqu’un ministre donne le sentiment d’utiliser son pouvoir dans le cadre d’un conflit personnel, c’est la crédibilité de l’autorité qui l’a nommé qui finit par être exposée.

Le président de la République peut-il accepté que le football national soir paralysé par des querelles personnelles? Peut-il accepter qu’un champion du Gabon attende le paiement de sa récompense parce que son entraîneur devrait présenter des excuses au ministre?

Peut-il laisser s’installer l’idée qu’au Gabon, pour recevoir ce qui vous est dû, il faut d’abord plaire à celui qui détient le chéquier public? Il est temps de mettre la République au-dessus des egos.

Paul Ulrich Kessany est un ancien international gabonais. Il connait le football, il connait le vestiaire. Il connait les tensions qui peuvent opposer les hommes. Mais justement.

Il devrait également savoir qu’un vestiaire n’est pas une République et qu’un ministère n’est pas un vestiaire.

Sur un terrain, l’égo peut parfois faire partie du jeu. Dans l’administration de l’Etat, il doit rester à la porte. Le Gabon n’as pas besoin d’un ministre qui gagne de bras de fer. Il a besoin d’un ministre qui rassemble.

Le football gabonais n’a pas besoin de nouveaux conflits. Il a besoin de stabilité, de financement, d’infrastructures, de compétitions régulières et de dirigeants capables de travailler ensemble.

Et Mangasport n’a pas à payer le conflit d’un ministre avec un citoyen.

Face à cette situation, la véritable question est beaucoup grave: Qui protège l’intérêt général lorsque ceux qui sont censés l’incarner semblent laisser leur différent personnels pénétrer dans la gestion publique?

Le courrier de la LINAFP est là. Les 75 millions de francs CFA de Mangasport sont là. Le conflit Kessany-Mouyouma est là.

La balle est désormais dans le camp des autorités

Car si l’Etat commence à retenir l’argent d’un champion pour obtenir des excuses personnelles, alors ce n’est plus seulement une affaire de football: C’est une affaire République.

Par /FB

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